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Comprendre 8 min de lecture

Incendie de voiture électrique : les faits et les risques réels

Kylian Dev
Kylian Dev, Fondateur Mis à jour le 11 septembre 2026

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En bref

Les données disponibles convergent : une voiture électrique ne prend pas plus souvent feu qu'une voiture thermique, plutôt nettement moins souvent selon les suivis statistiques suédois et norvégiens. En revanche, quand un feu de batterie lithium se déclenche, il a des caractéristiques propres : un phénomène appelé emballement thermique, une extinction plus longue et surtout un risque de reprise après extinction apparente — ce qui explique pourquoi les secours traitent ce type de sinistre avec des protocoles spécifiques, sans que cela signifie un risque plus élevé au départ.

Ce que disent les statistiques

Le sujet est souvent traité par impression plutôt que par les chiffres, en partie parce qu'un feu de voiture électrique, plus spectaculaire et plus long à éteindre, est aussi plus visible médiatiquement qu'un feu de moteur thermique classique. Deux organismes de sécurité civile d'Europe du Nord, où le parc électrique est ancien et important, ont publié des données qui permettent de sortir de l'impression pour aller vers la mesure.

3,8 / 100 000

Feux de VE et hybrides (2018-2021)

MSB, agence suédoise de gestion des risques civils

68 / 100 000

Feux tous véhicules confondus

même période, MSB Suède

≈ 5x moins

Feux de VE vs essence/diesel

DSB, direction norvégienne de la sécurité civile

En clair : selon l'agence suédoise de gestion des risques civils (MSB), sur la période 2018-2021, les véhicules électriques et hybrides ont compté environ 3,8 incendies pour 100 000 véhicules, contre 68 pour 100 000 tous types de véhicules confondus (majoritairement thermiques) — un écart net qui ne relève pas de la marge d'erreur statistique. En Norvège, pays qui compte l'une des plus fortes proportions de véhicules électriques au monde, la direction de la sécurité civile (DSB) rapporte un taux d'incendie environ cinq fois plus faible pour l'électrique que pour l'essence et le diesel. Ces deux jeux de données, produits par des organismes publics indépendants dans des pays à fort parc électrique, pointent dans la même direction.

Pourquoi l'écart existe

Une partie de l'explication tient à l'âge moyen du parc : les véhicules électriques en circulation sont globalement plus récents, avec moins d'usure mécanique et de défauts liés au vieillissement (fuites de carburant, câblages dégradés) qu'un parc thermique qui compte davantage de véhicules anciens. Ce n'est pas la seule explication, mais elle fait partie des facteurs identifiés.

La spécificité d'un feu de batterie lithium

Le point qui mérite la vigilance n'est donc pas la fréquence, mais la nature du sinistre une fois qu'il survient. Une batterie de traction est composée de centaines de cellules lithium-ion. Quand une cellule est endommagée (choc violent, défaut de fabrication, surchauffe), elle peut entrer en emballement thermique (« thermal runaway ») : une réaction chimique auto-entretenue qui dégage une chaleur intense et se propage progressivement aux cellules voisines, une par une.

Feu de moteur thermique

combustion de carburant

  • Extinction rapide une fois le foyer atteint et le carburant coupé.
  • Agents classiques (eau, mousse, poudre) efficaces sur la source.
  • Risque de reprise faible une fois le feu maîtrisé et éteint.

Feu de batterie lithium

emballement thermique cellule par cellule

  • Extinction plus longue : il faut refroidir chaque cellule, pas seulement éteindre la flamme visible.
  • Volume d'eau bien supérieur nécessaire pour un refroidissement en profondeur.
  • Reprise possible plusieurs heures, parfois un à deux jours après une extinction apparente.

Ce n'est pas que le feu soit plus probable — c'est qu'une fois déclenché, il est plus long et exigeant à traiter qu'un feu thermique classique. Ce sont deux informations différentes, souvent confondues dans le débat public.

Ce que font les services de secours

Les retours d'expérience de pompiers, en France comme ailleurs, ont conduit à faire évoluer les protocoles d'intervention spécifiquement pour ce type de sinistre, sans remettre en cause le bilan global plus favorable de l'électrique. Trois éléments reviennent dans les guides techniques publiés par les services d'incendie et de secours :

  • Refroidissement massif plutôt qu'extinction rapide : un volume d'eau nettement supérieur à celui d'un feu thermique, parfois via un bassin ou un sac d'immersion, pour atteindre le cœur de la batterie.
  • Surveillance prolongée après extinction apparente, y compris une fois le véhicule évacué vers une zone de stockage isolée, en raison du risque de reprise décrit plus haut.
  • Mise à distance de sécurité pendant et après l'intervention, le temps que la batterie soit considérée comme stabilisée.

Ce qu'il faut retenir en tant que conducteur ou riverain

Si un véhicule électrique a subi un choc important ou montre des signes de départ de feu (odeur, fumée, gonflement du plancher), la seule consigne fiable est d'évacuer et d'appeler les secours — jamais de tenter d'éteindre soi-même une batterie en emballement thermique, et de garder une distance de sécurité même après une extinction apparente.

Notre position, à partir de ces sources

En croisant ces éléments, la position la plus honnête tient en deux phrases. D'une part, le risque de départ de feu n'est pas un point faible de la voiture électrique : les données publiques disponibles montrent plutôt l'inverse. D'autre part, la gestion d'un feu de batterie, une fois déclenché, est réellement différente et plus exigeante qu'un feu thermique, ce qui justifie des protocoles adaptés côté secours et une vigilance particulière côté usagers — sans que cela change la conclusion statistique globale.

Pour la question fréquente du risque en parking souterrain, qui combine ce sujet à celui de la ventilation et de la conception du bâtiment, voir notre page dédiée recharger dans un parking souterrain, est-ce dangereux. Pour les bons réflexes à domicile, voir sécurité de la recharge à domicile.

Questions fréquentes

Non, selon les données disponibles en Europe du Nord (MSB en Suède, DSB en Norvège) : les véhicules électriques et hybrides y déclenchent nettement moins d'incendies, rapporté au nombre de véhicules, que les véhicules thermiques.

Parce que l'objectif n'est pas seulement d'éteindre les flammes visibles mais de refroidir en profondeur une batterie en emballement thermique, cellule par cellule, ce qui demande un volume d'eau très supérieur à celui d'un feu de moteur thermique classique.

Oui, c'est la spécificité la plus documentée de ce type de sinistre : une reprise de feu est possible plusieurs heures, voire un à deux jours après une extinction apparente, ce qui justifie une surveillance prolongée du véhicule.

Pour aller plus loin

Article informatif fondé sur des données publiées par des organismes de sécurité civile (MSB Suède, période 2018-2021 ; DSB Norvège) et sur des guides techniques d'intervention publiés par des services d'incendie et de secours. Ces chiffres et protocoles évoluent avec la publication de nouvelles données ; en cas de doute ou d'urgence, suivez toujours les consignes des autorités locales et des services de secours.